
S’il y a bien une phrase qu’on entends régulièrement lorsqu’on parle de féminisme (soit : de politique, d’économie et d’injustice sociale) c’est qu’il faut dédramatiser. Si vous me connaissez, vous savez à quel point je suis agacée par ce rappel à l’ordre régulier du « ça va, vous avez le droit de vote ». Si vous ne me connaissez-pas, ça va finir par rentrer.
Ça m’a sauté au visage, il y a quelques jours, sur le compte Instagram de Noustoutes. En fait, on passe notre temps à dédramatiser. Un frotteur dans le métro, c’est quand même un être humain doté d’un pénis en érection qui se frotte contre une autre personne, à des fins masturbatoires. Mais on va juste dire, un frotteur. Ou un gros relou.
Si à la faveur d’une rame bondée et de vêtements amples il réussit à glisser sa main jusqu’entre les cuisses de la personne concernée, on va même parler d’attouchements. Et ce collègue, au bureau, qui chaque jour vous fait des blagues salaces ? Il y a quoi, derrière la blague salace : tout sauf une blague. Quand on parle de blagues salaces, on parle généralement de harcèlement sexuel. C’est puni par la loi. Quand il vous met une main aux fesses, c’est un geste déplacé, ou un attouchement ?
Le point commun entre tous ces mots en italiques, c’est qu’il s’agit systématiquement d’agressions sexuelles. Si ça vous est arrivé (petit memo, dans le métro parisien c’est 100 % des femmes, de rien), vous avez été victime d’agression sexuelle et non, vous n’avez pas à dédramatiser. Ni à avoir honte, ni à vous justifier. Assez de voir des photos sur les réseaux-sociaux « j’étais juste habillée comme ça et en fait… », en fait rien.
Concernant les violences physiques, c’est le même topo : « il avait un peu forcé sur la bouteille » (non : il l’a frappé.e), « il a un peu déconné » (non : il l’a frappé.e »), ma préférée c’est « Il l’a un peu bousculée » : non, il l’a frappé.e.
Qui protège-t-on, lorsqu’on amenuise les faits ?
Ce premier post est une ode au drame : il est vraiment temps que la honte change de camp. Une personne ayant vécu des violences doit impérativement, avant tout, se sentir légitime et à l’abri. Le choix des mots est lourd de sens : demain, on va parler de « se battre comme une fille ».
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C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » me rends dingue.
Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.
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