
Vous vous êtes déjà retrouvé.e.s dans cette situation agaçante où l’on vous demande d’étayer chaque argument par des chiffres ? Je veux dire, ça semble évident pour un travail de fin d’études ou une thèse, loin de moi l’idée de vouloir détruire la recherche.
Par exemple, vous êtes au café avec des ami.e.s, en train de boire une super bonne bière en mangeant du gouda. Rêveusement, vous laissez échapper entre deux conversations une remarque sur le nombre tout à fait déséquilibré de plaques de rue en l’hommage d’hommes, vis-à-vis des femmes. Et puis ça dérape. Avec agressivité, on vous fait remarquer que vous voyez tout en noir, et puis débarque la question « je règle cet argument en deux secondes » massue :
« T’as des chiffres » ?
Un relou, un jour
(d’ailleurs, pour Bruxelles voilà et voilà, si je peux vous économiser ce temps, c’est cadeau, j’espère que vous penserez à moi dans votre bain)
Alors les chiffres, PARLONS-EN.
C’est très compliqué de trouver des chiffres intéressants : je dois dire que c’est fait n’importe comment.
Hier je vous partageais mes réflexions (et un haiku, j’espère que vous avez aimé) aux sujets des femmes et de la conduite automobile. Et bien là, par exemple, ce qui est compliqué c’est qu’on a pas le nombre d’utilisateur-trice-s (en Belgique comme en France): on va avoir des chiffres sur le nombre d’infractions, d’accidents, créés par des hommes ou des femmes, mais pas de chiffre général pour les comparer. Comment alors savoir si statistiquement les hommes sont plus dangereux que les femmes ? Peut-être qu’ils sont juste plus nombreux (en tout cas ils font plus de bruit ! Haha) ? On ne sait pas.
J’ai eu le même souci pour un autre sujet : on y reviendra, mais les chiffres concernant les viols et les agressions sexuelles augmentent en Belgique. Alors oui c’est alarmant, mais peut-être qu’on est trois fois plus nombreux.ses (petit apparté : j’ai toujours tendance à exagérer, je suis au courant. Mais on comprends mieux comme ça, j’en suis aussi convaincue que Macron et sa théorie du ruissellement) (mais qu’est-ce que je suis drôle aujourd’hui) et que ces chiffres sont plus positifs qu’ils en ont l’air ? Il est possible que l’augmentation des agressions soit proportionnelle à celle des être vivants : on ne sait pas.
Et c’est le problème des chiffres : on peut leur faire dire beaucoup de choses, et je vous invite à y faire attention la prochaine fois que vous en lirez. C’est un pli à prendre, mais on ne lit plus la presse de la même façon, vous verrez. Oh et alors c’est un plaisir face à un détracteur (toujours pas d’écriture inclusive sur ce mot, je pense que ce sera mon running gag) antiféministe.
Je voudrais terminer avec une réflexion inspirée par Iris Brey, qui a donné il y a quelques semaines une Masterclass pour le Centre du Cinéma. Elle expliquait qu’une étude avait montré que dans tous les pays d’Europe, dans les études de réalisation, on trouvait 50/50 % d’hommes et de femmes. Mais une fois diplômées, les stats dégringolent : on trouve moins de 30 % de femmes à la réalisation de projets.
Et pourquoi ? Où sont ces femmes ? Ont-elles été découragées, ont-elles changé de voie, vont-elles réapparaître ? On ne sait pas . Parce qu’on s’y intéresse depuis trop peu de temps.
Et donc on les a pas, les chiffres : voilà ce que vous devez répondre à l’autre relou qui vous prends de haut depuis tout à l’heure. On les a pas, et c’est clair que c’est pas comme ça qu’on va faire avancer le schmilblick.
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C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » me rends dingue.
Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.
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