Je demande à être une maman, mais pas que


Une fois maman, et pas seulement les premiers mois où elles naviguent entre post-partum et manque de sommeil, mais toute la vie : les mères le sont pour toujours.

Comme dirait quelqu’un que j’aime beaucoup, « personne ne juge personne dans mon établissement » : si vous vous sentez d’abord maman, avant par exemple votre identité de genre, votre profession, ou votre passion, c’est votre choix et si mon avis vous intéresse, j’ai beaucoup de respect pour vous.

C’est autre chose qui me chiffonne : des femmes qui ont une carrière, une passion, une cause pour laquelle elles militent, ou un peu de tout ça à la fois… Pourtant, elles sont mamans, et cela leur est régulièrement lancé au visage comme une preuve de leurs subjectivité (tu ne peux pas comprendre, tu es maman, tu es sensible) ou même de leur défaillance (tu n’aurais pas le temps d’assumer ces responsabilités à cause de tes enfants, je vais donc décider pour toi et les donner à Jean-Eude).

On va reprendre depuis le début : le travail est un lieu où s’illustre beaucoup d’oppressions. Je me permet de glisser qu’on se porterait tous-tes mieux si on était pas obligé.e.s de travailler. Le capitalisme est voué à l’échec (c’est déjà le cas en fait) et j’en veux pour preuve qu’il est aussi facile d’être encore plus riche quand on est riche, que de devenir encore plus pauvre quand on est déjà pauvre. Je vous renvoie au travail de Thomas Piketty (vous voyez que je ne suis pas misandre, j’ai une référence masculine).

Au travail, une fois enceintes, ça devient compliqué. En vrac, quelques chiffres (que j’ai trouvé ici) : mais juste avant, je tiens à préciser que je n’ai pas de chiffres concernant l’intersectionnalité. Combien de femmes blanches / non-blanches concernées par quels types de discriminations, etc. Je vous renvoie à mon ras-le-bol de l’autre jour, sur le manque de statistiques. Elles sont importantes pour débusquer nos préjugés et y mettre fin ! Bref, c’est parti :

« Une femme sur quatre a envisagé de démissionner pendant sa grossesse, son congé de maternité ou après son retour au travail : pour 15% d’entre elles, les raisons principales étaient la dégradation des relations avec leur chef-fe, la pression les poussant à démissionner ou les collègues. » (NDLR : bonjour l’ambiance.)

« Pour près d’une travailleuse sur cinq, le droit au congé de maternité n’est pas respecté » (NDLR : quand j’ai lu ça, j’étais vraiment en mode whaaaaaaaaaaaaaaaat the heeeeeell?!).

« 21% des travailleuses enceintes ont été confrontées à des tensions au travail suite à leur grossesse. »

« Les travailleuses enceintes sont encore 48% à avoir été confrontées à une forme de discrimination. »

Je ne sais pas s’il y a des nullipares dans la salle, mais ça ne donne pas trop trop envie, pas vrai ?

Je l’ai appris dans cet épisode du podcast de Victoire Tuaillon, « Les couilles sur la table » : on aura tendance à bien moins reconsidérer dans une entreprise, une mère de six enfants, dont on remettra en question la légitimité à exercer une activité, qu’un père de six enfants qui passera quant à lui pour un super héros. À l’école, une maman peu présente provoquera la suspicion tandis qu’un père qui ne récupère pas les enfants ne sera pas spécialement repéré.

En 2007, chez nos voisins français, Ségolène Royal fait campagne pour les présidentielles et dans le plus grand des calmes, Laurent Fabius, à l’annonce de sa candidature lâche le tristement célèbre :

« Mais qui va garder les enfants ? »

Plus récemment, cet été en Belgique, lorsque la secrétaire d’état Nawal Ben Hamou prends son congé maternité, la RTBF qualifie cela de « pas de côté », comme si le fait de devenir maman était une sorte de maladie incapacitante.

Chiné sur le Twitter de Rajae Maouane

Aussi, tout porte à croire que dans l’imaginaire collectif, la femme enceinte, ou la jeune maman, est encore trop vite perçue comme moins performante, voir à côté de la plaque (c’est cadeau). De plus, on l’a vu plus haut, les discriminations sur le lieu de travail sont légion, et je ne parle même pas de la discrimination à l’embauche.

Non, je n’en parle pas. Car demain on s’attaque à un de mes sujets favoris : on va parler du congé paternité !

C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » me rends dingue.

Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.