
Aujourd’hui, je m’attaque à un sujet … avec lequel je ne suis pas à l’aise du tout. J’ai mis plus de quinze ans à l’aborder avec ma meilleure amie, j’ai un petit sourire nerveux lorsqu’il arrive au hasard d’une conversation, et je viens réellement de faire une recherche sur Google pour savoir s’il y avait un autre mot que branlette, qui serait peut-être plus joli, sans pour autant être aussi compliqué que masturbation qui me semble hyper médical, ou que l’onanisme qui me rappelle un prof de philo (gloups).
Mais ça tombe bien ! Car ce qui m’intéresse en soi ce n’est pas forcément la pratique mais plutôt sa représentation. C’est sain et important de savoir comment on fonctionne, on en discutait pas plus tard qu’hier.
Niveau masturbation, c’est plus ou même la même situation : j’ai grandi dans les années 2000, je piquais les Star Club et les Fan 2 de ma voisine dans lesquels il y avait une rubrique sexualité et j’ai littéralement jamais appris que la sexualité c’était cool ou rigolo.
C’était toujours dangereux. Je risquais d’attraper des maladies ou de tomber enceinte (ce qui serait forcément traumatisant). Je devais attendre d’être prête, mais je n’avais aucune idée de ce à quoi je devais me préparer. Plus tard il y a eu Skyrock : des adultes qui conseillaient des adolescents, en se moquant de tout ce qui sortait de la (leur) norme.
C’est différent maintenant : il y a Masha Sexplique, Jouissance Club, Mademoizelle ou encore Entre nos lèvres. Toutefois, c’est du contenu qu’il faut aller chercher soi-même, parce qu’on se pose des questions.
Quand on ne se pose pas (encore) de questions, on se contente d’absorber ce qu’on voit autour de nous, dans les séries, les films, en écoutant de la musique ou les gens discuter : la masturbation masculine est omniprésente. Dans la pop-culture, il y a beaucoup de références à la masturbation masculine, et jamais féminine. Là-dessus, Marina Rollman a créé un sketch intelligent et limpide, vers lequel je vous renvoie avec insistance.
La masturbation masculine a le droit à un geste (si, si, vous voyez), à des codes (les mouchoirs près de l’ordinateur ou du lit), à des histoires : mais si, vous savez.
Vous avez forcément un ami garçon à qui il est arrivé de se palucher au mauvais endroit ou mauvais moment, donnant lieu à une histoire amusante. Il l’a raconté juste à son meilleur ami, qui ivre, l’a raconté à un autre pote et puis c’est arrivé jusqu’à vous mais personne ou presque ne sait que vous savez. Je vous laisse réfléchir.
En tout cas, je me suis toujours demandé ce qui serait arrivé si c’était mon histoire : car évidemment dans l’histoire du garçon, ce qui est honteux ou rigolo c’est plutôt qu’on l’ai surpris ou qu’il ai pas réalisé que sa cuisine prenait feu. Mais, si ça avait été moi ? Qu’est-ce qui aurait été honteux ? Peut-être que personne ne connaitrait cette histoire, ou que j’aurais inventé quelque chose de moins embêtant (j’étais en train de prendre une douche quand soudain!).
Heureusement, le monde est en perpétuelle évolution : pendant que j’écris ces lignes, il y a un.e scénariste, un.e réalisateur.rice, un.e écrivain.e, qui inclut maintenant des gestes, des codes, et qui crée de nouvelles histoires.
Pensez à Girls, de Lena Dunham : cette scène où Marnie se cache dans une bibliothèque ou encore à Aimee dans Sex Education (de Laurie Nunn), qui parce qu’elle n’arrive pas à atteindre l’orgasme avec son amoureux décide de consacrer son week-end à trouver ce qu’elle aime (petit bonus pour la scène de masturbation sur le ventre, car on le voit peu et pourtant… wink wink) no matter what.
C’est de ça, dont on a vraiment, vraiment, vraiment besoin.
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C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » me rends dingue.
Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.