Je demande la liberté de geeker pépouze sur Twitch


Je voudrais commencer cet article par une citation du guide contre le cyberharcèlement publié par Women In Games :

Alors que les études annuelles démontrent qu’il y a autant de femmes que d’hommes qui s’adonnent à la pratique du jeu vidéo (48% contre 52%), les femmes sont les premières victimes du cyberharcèlement (73% des femmes déclarent en avoir été victimes).

Déjà : maintenant la prochaine fois qu’on vous dit que « c’est plutôt un truc de mec », dans les dents.

Je connais très mal l’univers du gaming. Le seul auquel je joue s’appelle I Love Hue : c’est un jeu sur smartphone dont l’objectif est de trier une large palette de couleurs pour réaliser un dégradé. C’est hyper apaisant. Oui, je suis un cliché.

J’ai découvert Twitch par hasard, en écoutant un épisode du Super Daily qui m’a rendue curieuse, j’ai téléchargé l’appli et tout ça. À mon grand désarroi, quelques jours après, cet épisode de Programme B est publié, et je réalise qu’encore une fois, on ne peut être tranquille nulle-part. C’est ce qui m’a donné envie de créer ce calendrier de l’Avent : cette pensée que décidément, le sexisme ne fait que de se ré-inventer, et qu’on doit toujours tout surveiller. On peut pas vous laisser cinq minutes, les détractos.

OK, maintenant, c’est quoi Twitch ?

Pour poser les bases (je vais vous expliquer comme si vous étiez mes parents) : Twitch est une plateforme de streaming de vidéo, comme Youtube, mais dont le succès est lié à l’interaction avec la communauté. Un.e Twitcheur-euse va faire des vidéos en live, pour jouer à un jeu vidéo avec un partage d’écran, ou parler d’un certain sujet. Le but est de discuter et réagir avec les personnes qui vont suivre la vidéo , à la différence du / de la Youtubeur.euse qui crée du contenu, le poste, modère les commentaires par la suite.

Il faut que je vous explique un autre truc : sur Twitch, si on veut, on peut décider de ne rendre les vidéos accessibles qu’aux abonné.e.s, qui paient un abonnement. Est-ce que vous avez commencé à imaginer à voir où ça se complique ou pas encore ?

Admettons que je sois super fort.e, que je monte ma chaîne, que je commence à être un peu connu.e pour mon habilité à tuer des zombies ou à construire des mondes avec des cubes.

Scénario 1, je suis un homme : la vie est belle et je peux profiter de ma notoriété.

Scénario 2, je suis une femme : Je reçois des photos de bites, des abonnées m’envoient beaucoup d’argent via la plateforme en exigeant ensuite une attention spécifique de ma part, je me fais harceler sur les réseaux-sociaux, des montages pornographiques vont être réalisés à partir de captures d’écrans de mes vidéos.

À ce sujet, je vous conseille cet article sur une Twitcheuse, Pokimane, qui a décidé de limiter les dons à 5 dollars et pour cause : un abonné lui envoyait tant et tant d’argent qu’il s’est retrouvé incapable de payer son loyer, et a par la suite accusé la jeune fille d’être la cause de sa ruine. Elle a subit ce que dans le milieu on appelle une shitstorm (tempête de merde) : un harcèlement en ligne ++, comme on sait si bien les faire en 2020.

Et ce n’est pas un cas isolé : je vous recommande à ce sujet cet épisode de YESSS sur l’univers des jeux vidéos et de plateaux (oui, oui … ils sont là aussi … *soupir d’épuisement*).

Je ne peux que vous inciter à lire toutes les références de l’épisode : je suis contente qu’il y ai des personnes courageuses qui prennent le temps de réaliser des entretiens et des recherches, de compiler des stats, et par là, de prouver que c’est la merde et qu’on a du taf. Bravo et merci à Clara B. pour son étude sur Twitch.

A vous, je vous dis à demain. Il nous reste encore quinze jours pour constater ensemble de l’ampleur des dégâts et croyez-moi, c’est pas du luxe.

C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? » me rends dingue.

Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.