
Vous ne vous êtes jamais dit, en regardant les couvertures des magazines titrer sur le régime d’une actrice ou les astuces make-up d’une chanteuse: « Mais qu’est-ce qu’on s’en fout ! ».
Et bien spoiler alert : elle aussi, elle s’en fout. Elle n’est pas ravie, après deux ans de travail sur un projet (un film, un livre, un album, sur une campagne politique, …) d’entendre qu’on ne s’intéresse qu’à des questions beauté, équilibre travail-famille (question qui n’est jamais posée aux pères, je vous renvoie ici) et autre« entre votre téléphone et votre trousse à maquillage, que choisiriez-vous? ».
Dans ces vidéos, c’est flagrant : les acteurs répondent à des questions artistiques, sur la difficulté d’incarner un personnage, de porter un univers spécifique à l’écran … les femmes sont cantonnées aux sujets superficiels.
Dans ces deux vidéos, il s’agit d’actrices connues qui ont le confort de ne pas risquer grand-chose à se rebeller. Ce n’est pas le cas de la majorité des artistes, tous domaines confondus. Généralement, il faut prendre sur soi, et répondre gentiment. Pour des personnes publiques, les interviews c’est une partie du boulot, liée à la promotion d’un projet.
Je ne découvre rien : en 2015, une campagne #askhermore avait même été lancée, suite au constat désespérant qu’on ne s’intéressait qu’aux robes portées par les actrices (mais pas aux costumes portés par les acteurs). Gloups.
Il faut bien comprendre ce qui est embêtant ici. Quand ils se cantonnent à ce type de questions, les journalistes exercent une forme de violence symbolique, car ils vont mettre l’actrice dans un rôle passif dont la valeur ne serait que contemplative alors qu’elle exerce un métier (soit : une formation et des compétences) et qu‘elle a des opinions à ce sujet.
C’est aussi violent pour les lectrices, auditrices, spectatrices de ces interviews qui reçoivent toutes ces injonctions (on en parlera bientôt) à un physique parfait. De plus, le message en filigrane est qu’on peut travailler très dur, réussir dans son domaine… et rester peu considérée pour ses interlocuteurs. C’est décourageant.
J’espère de tout coeur que la prochaine fois que vous lirez une citation d’Emma Stone sur sa routine capillaire, vous lèverez les yeux au ciel … et vous râlerez sur le journaliste, cette-fois.
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C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? me rends dingue.
Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.