Je suis fatiguée d’être la seule concernée

Il y a plusieurs réactions (masculines, mais pas que, vous n’avez pas le monopole) lorsqu’on parle de féminisme : par exemple, le regard déçu : zut, je me croyais face à une personne censée, jusque là tout allait bien, mais je réalise qu’elle est féministe, et donc fondamentalement chiante. Galère.

Les yeux au ciel en sont la variante colérique, généralement associés à une remarque à la limite du libertarisme : Ouais vous avez pas de plaques de rue, mais vous aviez qu’à faire des choses pendant qu’on inventait les téléphones à touches (BOUYAAAAAA c’était nouuuuuus ! Je vous ai bien eus).

Il y a une option qui me rends dingue, c’est l’ajout de l’argument suivant, par exemple quand on parle d’écarts salariaux : en même temps, si vous travaillez moins, vous gagnez moins, c’est logique. Petit conseil d’amie : évitons quand même de faire des enfants avec ce genre de types. Leur ADN ne manquera pas à l’humanité.

On va parler d’une autre réaction, qui pour moi est la pire. En effet, les premiers cas étudiés sont révélateurs d’une étroitesse d’esprit ainsi que d’une mauvaise foi contre laquelle on ne peut pas faire grand-chose. Ici, c’est plus compliqué, car il y a des bons sentiments derrière, un peu de gentillesse, c’est sans doute quelqu’un que vous aimez bien. Au fond, c’est plus facile de s’engueuler avec un con, qu’avec une personne qu’on apprécie.

Avez-vous déjà été dans une situation où l’on vous explique une injustice contre laquelle vous ne pouvez rien, et vous hochez gentiment la tête avec un sourire compatissant ? Et bien c’est ça, le pire.

Des années de conversations, de débats, de réflexions. De lecture, de podcasts, de recherches, de conférences, de chiffres. Beaucoup d’acquiescements et de regards compréhensifs. Mais pendant qu’on essaie de retourner le monde comme une crêpe au sucre, avec force et délicatesse (je viens de l’ouest de la France, on ne peut rien vous cacher), ces messieurs restent assis.

En Belgique, une pétition pour le congé paternité (vous connaissez mon avis sur le sujet) avait été été relayée sur les réseaux-sociaux…par des mamans. Il n’y a qu’un seul homme de mon entourage qui l’a partagée. Je me doute que des hommes l’ont signée, mais ils n’ont pas eu le sentiment que c’était important d’en discuter, de mobiliser leurs amis.

Il y a quelques temps, en France, la nomination de Darmanin dont le passé de violeur – jamais condamné grâce à son portefeuille bien fourni – comme Ministre de l’Intérieur n’a pas fait de vague. Il n’y a que des femmes, qui se sont soulevées, qui ont exprimé leur indignation, leur inquiétude face au type de personne à qui l’on donne du pouvoir. Même à Bruxelles. Il a fallu un projet de loi liberticide pour mobiliser les foules. On vous avait prévenu, les gars.

En filigrane, il y a toujours cette idée que notre lutte est intéressante et légitime mais que … ben, ils ne sont pas concernés quoi (petit soulèvement d’épaules gêné).

Pourtant, qu’est-ce que le féminisme pourrait apporter aux hommes (rien que d’écrire ça, je m’énerve toute seule je vous jure) ?

– Des rôles moins normés, leur permettant par exemple d’exprimer des émotions (pleurer en public) ou de ne pas se sentir seuls responsables de l’apport financier au foyer.

– Moins de pression à la virilité : exit la honte liée au manque de muscles, de poils, d’une voix trop aigüe.

… et la possibilité de se faire de jolies coiffures et de boire sans se justifier des cocktails avec des bonbons acidulés, en toute impunité.

Allez les mecs, on se bouge, vous avez tout à gagner. Soyez en colère, vous aussi. Cette liberté qu’on arrache, c’est aussi la vôtre !

C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? me rends dingue.

Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.