Drôle de monde


Fermez les yeux et imaginez une soucoupe volante : des rayons de lune glissent sur cet objet métallique et lumineux. Elle se pose, tout doucement, au milieu de ce qui était une ville, il y a longtemps. Il reste des souvenirs de gratte-ciel et d’autoroutes désertées, abîmées par des mauvaises herbes, qui depuis ont même cessé de pousser.

Scène 1

Des petits êtres en combinaisons molletonnées sortent de l’habitacle irisé et s’apostrophent : ils sont fatigués car ils voyagent depuis des dizaines d’années. Ils pensaient que c’était un mythe, cette histoire d’humains qui s’étaient sabotés mais pourtant tout est là. Ils n’espèrent pas rencontrer âme qui vive : si l’histoire dit vrai, il n’y a plus personne sur cette planète.

Scène 2

De grandes tentes blanches ont été installées. Les petits êtres en combinaison vont et viennent. Pour des raisons de cohérence, je vais faire comme les scénaristes américains, je vais dire qu’ils parlent notre langue.

Petit être en combinaison 1, en secouant un tube à essai : Nos recherches semblent indiquer que tous les êtres humains n’appartenaient pas à la même société.

Petit être en combinaison 2, ajustant son monocle supersonique  : C’est très possible, en effet : cette planète compte plusieurs continents, eux-mêmes séparés en pays et en régions.

Petit être en combinaison 1, l’air ennuyé, tout en scellant un four à ultra-sons en tournant une très grosse manivelle : Mmmh, non. Je crois que deux sociétés vivaient l’une et l’autre en parallèle, sur l’ensemble de cette planète dévastée.

Petit être en combinaison 2, manipulant des fils électriques colorés en choisissant avec minutie ceux qui seront connectés ensemble : C’est une idée intéressante, et qu’est-ce qui les différenciait ?

Petit être en combinaison 1, reprenant son tube à essai pour constater qu’une longue chenille fluorescente est en train de s’y étirer : Écoutez, c’est pour le moins étrange : il semble que dès la naissance, tous les êtres humains n’étaient pas amenés à se comporter de la même façon.

En fonction de la couleur du berceau, certains devaient s’épiler, et d’autre non. Il n’y avait pas de loi, pas de chiffres, mais dès le plus jeune âge, des regards courroucés, des insultes et du harcèlement.

Il n’y avait pas d’obligation clairement formulée – en tout cas je n’en trouve aucune trace – mais des tentatives d’intimidation implicites. À tel point, que dès leur plus jeune âge, les individus concernés ressentaient de la honte et étaient prêts à tout pour s’en débarrasser.

Je dois encore creuser cette histoire, mais certains poils étaient sales, d’autres étaient valorisés. La société répondaient d’une seule voix à ces codes complexes et évolutifs, au fur et à mesure de l’histoire de l’humanité.

Des règles incompréhensibles régissaient chaque partie du corps. Les ongles, les cheveux, le poids, la taille, la couleur de la peau, la forme du nez. Certaines changeaient chaque année, d’autres étaient immuables.

Des pratique douloureuses et illogiques étaient mises en place et acceptées : avec des régimes, des lasers, des cures, des produits chimiques en tous genres et des bistouris.

Petit être en combinaison 2, appuyant sur les boutons clignotants d’un boitier électronique, : Pensez-vous que vous tenez ici une explication quant au déclin de cette civilisation ?

Petit être en combinaison 1, haussant les épaules et jouant avec la mousse de son cappucino martien : Ne tirons pas de plans sur la comète, ha ha ! Nous parlons d’une société qui s’est éteinte si bêtement …

C’est fatiguant, d’être féministe. De façon générale, je ne suis pas contre le débat, pourvu qu’il soit un minimum constructif. Mais cette question « Non mais ça va vous avez le droit de vote, qu’est-ce qu’il vous faut de plus ? me rends dingue.

Du 1er au 25 décembre, voici votre calendrier féministe. Chaque jour, une réponse plus ou moins cinglante, pour égayer vos repas de famille et vos apéros Zoom : et si grâce à moi, vous ne passez pas de meilleures fêtes de fin d’années, gardez bien en tête que ce qui ne fait pas partie de la solution, fait peut-être partie du problème.