Camille et Lucille contre les limaces géantes – épisode 3

« On va commencer par la grosse »

Dans l’épisode précédent, Camille et Lucille découvrent que leur maison est infestée de limaces géantes, et en ont marre qu’on leur marche sur les pieds. Elles se mettent en colère.

« Ça suffit maintenant ! Ras le bol des limaces ! Il n’y a sûrement pas de prédateur naturel pour nous défendre contre les limaces géantes, pas plus qu’il n’y avait qui que ce soit pour nous tendre la main jusque là. On va récupérer notre maison, et on va le faire maintenant ! »

Camille hocha la tête et alluma le pétard, Lucille décapsula la bière et en bût une gorgée puis fit un énorme rot, Chaussette valida le tout par un aboiement fier.

Au-dessus d’elles trois, le sol grinçait dangereusement.
Chaque minute comptait.

Dans un film d’action ou un roman d’aventure, il y aurait peut-être eu une minute de concertation : un plan A, B, C, des recherches sur Google, une représentation à l’échelle 1 : 100 de la maison tracée à la suie sur le sol avec différentes issues indiquées, la confection d’équipements ou de cordes d’escalade en ficelle à rôti, de sandwiches ou d’une thermos de café, mais nos héroïnes n’ont pas leur temps et elles sont bien vénères.

Munies de leur armes de fortune et sans prendre une seconde pour enfiler des baskets (décidément), elles foncent dans les escaliers, galvanisées et le feu au ventre : « On va commencer par la grosse », déclare Camille, « Mais si les petites viennent à sa rescousse et qu’on est encerclées ? » rétorque Lucille, « Elles vont pas faire les fières longtemps, crois-moi ! » et Camille court dans les escaliers jusqu’au troisième étage enjambant les limaces qui ne faisaient plus du tout la taille d’un lapin (elles s’approchaient maintenant du marcassin) et elle saute (elle saute!) sur l’énormissime, que dis-je, la super hyper archi méga énorme limace et lui plante le pied de table entre ses quatre membres tentaculaires ; Camille hurle, elle est aspergée de sang brunâtre et collant, la limace pousse une sorte de stridulation sur-aigüe, sa bouche est un gouffre noir, profond, visqueux mais surtout rempli de toutes petites dents acérées, et à ce signal toutes les limaces se dirigent droit vers Camille en s’étirant comme d’immenses langues baveuses et là ! Lucille se retourne et pulvérise son amidon sur les corps géants et fétides qui se rétractent aussitôt, dans un petit gargouillis de souffrance.

Mais la limace géante n’a pas dit son dernier mot, et dans un puissant coup de tête dégage le pied de table,  Camille n’a plus que son couteau suisse, et elle crie « Recule ! Recule ! » à Lucille qui amidonne tout ce qui bouge pendant que la limace géante profite des bienfaits de la gravité pour glisser vers elles avec véhémence.

« Regarde ! Les limaces ! » crie Lucille à Camille qui hésite à répondre « Ah ouais, tiens, super bizarre ? Où ça ? » mais la minute n’est pas au sarcasme et Lucille de poursuivre : « Elles fusionnent ! » et effectivement, passé le choc de l’amidon, limaces comme vêtement reprennent leur formes initiales et ces limaces là sont plus inquiétantes que la plus fine de vos chemises en lin, parce qu’elles sont déterminées à mettre fin à l’humanité !

Elles s’enroulent les unes aux autres dans un effroyable bruit de succion, et ces infâmes conglomérats deviennent, seconde après seconde, de nouvelles limaces géantes ; Camille et Lucille repoussées sur le palier n’ont pas le temps de les compter qu’elles s’engouffrent dans la salle de bain et ferment la porte à clé – un geste désespéré. Elles poussent de toutes leurs forces sur la porte mais leurs chaussettes glissent sur le lino maculé de mucus et d’hémolymphe et elles finissent propulsées contre la baignoire au moment où la porte explose en mille morceaux. La limace-bélier n’apprécie pas les copeaux de bois qui s’enfoncent dans sa chair molle et semble en prise avec une quinte de toux (mais c’est toujours difficile à dire, chez les limaces géantes).

Qu’à cela ne tienne, Lucille a déjà ouvert la fenêtre de la salle de bain et se glisse à l’extérieur, Chaussette sur les épaules, bientôt suivie par Camille qui saisit en partant le fer à repasser ; dehors il pleut, il pleut toujours autant, la ville est étrangement calme et l’appui de fenêtre, beaucoup plus fin que dans leurs souvenirs. Elles parviennent laborieusement à la fenêtre d’à côté, qu’elles éclatent à l’aide du fer, elles sautent dans l’ancienne chambre de Lucille, désertée il y a peu à cause de l’humidité, et lorsqu’elles entrouvrent la porte qui donne sur le couloir, le plus délicatement possible, elles constatent que les limaces géantes sont encore occupées à faire passer leurs gros corps humides à travers la porte déchiquetée de ce qui était auparavant leur salle de bain, et en profitent pour filer à l’anglaise. 

Dans le salon, toujours pas de limaces qui semblent tout droit débarquer du grenier (« on lui avait bien dit au propriétaire, que c’était humide ! »), les filles, et Chaussette, regardent autour d’elles à la recherche d’une idée de génie, vite, vite, elles vident les tiroirs, jettent un par un chaque ustensile du placard, une louche, une poêle à crêpes, une cuillère à glace, une spatule en bois, grouille, grouille, le plafond qui sépare le salon de la salle de bain produit de drôles de petits craquements, et une fissure en rejoint une autre, qui en rejoint une autre, et soudain : l’illumination.

En sortant de sous l’évier le paquet bleu et blanc du sel régénérant pour lave-vaisselle, Lucille entends distinctement, comme si elle était en train de le chuchoter à son oreille, sa grand-mère lui dire : « Jamais de sel sur les limaces, ma petite. C’est une mort lente et douloureuse, c’est cruel. Et toi tu es une gentille petite fille, pas vrai ? ».

Au même moment, Camille sort du placard à brol* deux immenses pistolets à eau…

*Pour les plus français d’entre vous, un brol c’est un truc, un machin, bref, le placard à brol, et je pense qu’on en a au moins tous-tes un, c’est un placard à bazar.

Camille et Lucille contre les limaces géantes, c’est votre fiction horrifique de l’été. 4 épisodes, tous les lundis jusqu’au 5 août.